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Objectif Média Web

cinema

PEUR SUR LA VILLE (1975)

7 Mars 2018 , Rédigé par Objectif Média Web Publié dans #Cinéma

Vous avez aimé le Casse ? Vous appréciez Belmondo ? Voici, l'un de ses plus grands films, Peur sur la ville.

 

Comme le Casse, Peur sur la ville est réalisé par Henri Verneuil, Belmondo y devient le commissaire Jean Letellier, un ancien de l'antigang, passé à la brigade judiciaire à la suite de son échec lors d'une intervention à interpellé Marcucci (Giovanni Cianfriglia), celui-ci bien qu'en fuite est toujours présent à l'esprit de Letellier.

 

Letellier n'est pas seul, il est accompagné de son collègue Moissac (Charles Denner), ils pistent Marcucci qui serait de retour dans la capitale.

 

Au même moment, dans une tour proche de la Défense, Nora Elmer (Léa Massari) est harcelée téléphoniquement par un maniaque qui connaît tout de sa vie, même lorsqu'elle a changé de numéro de téléphone pour lui échapper, car, il la harcèle depuis longtemps, elle qui vient de perdre son mari depuis peu, a aussi un amant et son harceleur le sait, il lui promet même de venir chez elle, elle prévient le gardien de l'immeuble, puis, la police, mais, sans obtenir l'aide qu'elle attendait, et lorsqu'un inconnu vient sonner à sa porte, elle fait une crise cardiaque, et tombe par la fenêtre ouverte.

 

Letellier est avec Moissac sur le lieu du drame, mais, il se sent peut concerner par cette affaire, lui l'ancien de l'antigang, son esprit est surtout préoccupé par l'ombre de Marcucci, seul son supérieur Sabin (Jean Martin) s'aperçoit rapidement que cette affaire en apparence anodine est peut-être bien plus grave qu'elle n'y paraît.

 

Ils s'intéressent de prêt à son amant Julio Cortes (Henri-Jacques Huet) qui n'est pas mêlé au décès de sa maîtresse, mais par contre, qui est bien un petit dealer, et pour sa survie, voyez le film, il balance ses copains.

 

Le maniaque contacte alors Letellier et se présente comme Minos, le juge des enfers dans la Divine comédie de Dante, Minos affirme être responsable de la mort de Nora Elmer et que bientôt, il fera régner la terreur, en condamnant à mort les femmes menant une vie trop libertine.

 

Donc, Letellier et Moissac doivent trouver toutes les femmes qui ont changé de numéro de téléphone et pourquoi, ils en trouvent deux, Germaine Loison (Rosy Varte) et Hélène Grammont (Catherine Morin), cette dernière travaille à l'hôpital et est la maîtresse d'un homme marié, en l'occurrence son chef de service, les deux policiers rencontrent un infirmier qui porte en permanence des lunettes de soleil, Pierre Valdeck (Adalberto Maria Merli), un très bon ami de la jeune femme qui lui avait conseillé de porter plainte.

 

C'est en revenant à leur voiture qu'ils s'aperçoivent que quelqu'un a glissé dans l'habitacle un paquet, en l'ouvrant, ils découvrent que c'est l'Enfer de Dante, donc, Minos les a suivi.

 

Ils se rendent chez l'autre harcelée, Germaine Loison, mais, celle-ci n'est pas seule, elle est avec le commissaire qui enquête sur Minos, ce qu'elle ne sait pas, c'est que c'est Minos en personne qui est devant elle, elle lui avoue sans malice que depuis son veuvage, elle s'envoie en l'air et qu'elle aime cela, ce qui provoquera la fureur de Minos qui l'étranglera dans sa cuisine.

 

Letellier monte chez Germaine et trouve la concierge sur le palier, celle-ci est très inquiète que madame Loison ne réponde pas, puisqu'elle lui avait demandé de lui ramener son chat, et Letellier comprend très vite que quelque chose ne va pas et pénètre dans l'appartement, pour découvrir le cadavre de Germaine, Minos en profite pour s'échapper par la porte ouverte et descend les escaliers, mais, manque de bol, tombe presque face à face devant Moissac, celui-ci reconnaît les godasses marrons de Minos, car, il avait renvoyé à Letellier un morceau d'une photo ou on ne voyait que ses pieds, Minos rebrousse chemin et Letellier se lance à sa poursuite sur les toits de Paris, Minos est armé grâce à sa victime, elle lui avait montré le revolver que son mari avait en sa possession et qui ne la quittait jamais, après une dangereuse cavalcade sur les toits, ils atterrissent aux Galeries Lafayette.

 

Mais, Minos perd sur l'un des toits, son œil de verre. Dont Letellier récupère les fragments.

 

Letellier aurait pu rattraper Minos qui fuyait sur sa moto, si les hommes du commissaire n'avait pas pisté en même temps Marcucci, la tentation étant trop forte, Letellier abandonne la poursuite après Minos et se rabat sur le bandit, mais, Marcucci est trop malin, il abandonne son véhicule et fuit par le métro.

 

Scène d'anthologie, ou Belmondo réalise une cascade incroyable, celle ou accroché sur un wagon du métropolitain, il traverse le pont de Bir-Hakeim, je n'ose pas imaginer le conducteur de la rame, on peut voir par ailleurs que dans la cabine, ils étaient trois. Finalement, il abat Marcucci qui par un ressort scénaristique tombe par une des portes du métro que le conducteur ouvre.

 

Voilà, Letellier est content, mais, pas ses supérieurs, Minos le balance à la presse et à la risée populaire, il marque un point, donc, notre ami le commissaire va protéger la seule femme encore en vie, Hélène Grammont, elle se met en danger en affirmant à Minos qu'elle va faire l'amour avec Letellier, tout les deux sont même attirés dans un piège, lorsqu'elle ira à l'hôpital pour une opération qui n'existe pas et finit étranglée par Minos, qui n'est d'autre que Pierre Valdeck, l'ami fidèle.

 

Letellier prend alors l'affaire beaucoup plus au sérieux et décide de réécouter les enregistrements des appels de Minos, celui-ci appelle d'une cabine située près d'une fête foraine, puis, lors d'un autre appel, il n'y a plus de bruits de manège. La fête foraine a donc déménagé. Il y aura un suspect, Julien Dallas (le très talentueux, Jean-françois Balmer).

 

C'est grâce à un briquet et à une déduction un peu tirée par les cheveux, que Letellier découvrira que Valdeck est Minos, que l'un est l'autre ne font qu'un.

 

Bon, voilà, grosso modo, l'intrigue,on aurait pu voir dans le rôle de Letellier, Steve Mcqueen, car, le film utilise bien le modèle standard américain, du suspens, des personnages crédibles, de l'action, de gros morceaux de bravoure, or, il y a quelques bémols à ce très bon film.

 

Par exemple, disons qu'il est quasiment impossible pour Valdeck, d'avoir le temps matériel de déposer l'Enfer de Dante dans la voiture des policiers, de remonter, de changer de tenue et enfin, de les rencontrer en présence d'Hélène.

 

En fait, on pourrait croire qu'ils sont deux, lorsque Pierre étrangle Germaine, on voit son reflet dans un miroir, pareil pour le meurtre d'Hélène, ou il claque la porte du vestiaire en voulant fuir son image monstrueuse, Valdeck est borgne, comme, c'est un fan de moto, on suppose que c'est à cause d'un accident, le comble, c'est que jamais Letellier ne pense à relever le modèle de la moto de Minos ou même sa plaque d'immatriculation et de vérifier auprès de l'entourage des victimes, si quelqu'un avait une moto du même modèle ?

 

Les trois victimes, Nora, Germaine et Hélène avaient un point commun, le mari de la première était décédé à l'hôpital, la seconde y avait été opérée, et la troisième y travaillait.

 

Toutes étaient rousses et toutes avaient un bouquet d'anémones chez elles, je vous conseille de prêter attention aux détails.

 

Le scénario aurait pu jouer sur deux frères, deux jumeaux, l'un borgne et jaloux, l'autre non.

 

Par ailleurs, Minos porte constamment des lunettes noires pour cacher son œil de verre, or, on peut constater que l'acteur a bien ses deux yeux, pourquoi ne pas jouer sur cela pour créer un double rôle ?

 

Et la relation trouble de Minos pour Letellier, Minos a remarqué celui-ci alors qu'il était présent devant l'immeuble de Nora Elmer, Letellier représente l'homme sur de lui, viril qui plaît aux femmes, mais, lui aussi est assez gêné par la relation de l'affaire avec la sexualité, il a ses propres failles.

 

Puis, le film sort des railles du film policier classique, Valdeck devient un terroriste en balançant des grenades devant un cinéma où on joue le film d'une star du porno, Pamela Sweet (Germana Carnacina).

 

Grand écart impressionnant, il est vrai que si Minos renvoie des parties de lui en photos, comme on reconstitue un puzzle. Son image est fragmentée, sa personnalité est divisée, symbole de dissociation profonde ?

 

Minos prend en otage la famille de l'actrice et celle-ci, il découvre une chambre des amours, avec menottes et photographies très érotiques de Pamela, tout cela le met en colère, peut-être parce qu'elle est inaccessible, il ne se sent peut-être pas à la hauteur pour satisfaire une femme, nous somme en 75 et en pleine « libération sexuelle », tout était sexualisé, or, s'il est simple de mettre à la portée de tout le monde, du sexe, il faut aussi que les autres se laissent approcher, Valdeck a une prothèse repoussante, un œil de verre, les femmes n'en veulent pas, il n'est qu'un infirme.

 

Donc, il veut être vu, qu'on le remarque, pas en faisant un acte courageux, mais, un acte audacieux et négatif, car, la négativité attire les foules, les crimes ont toujours fait vendre du papier, la preuve, la nuée de journalistes qui empêchent la police et la gendarmerie de faire leur travail en sapant chaque occasion.

 

La presse est montrée comme une caste d'opportuniste, tant que cela fait vendre du papier et la critique est assez cruelle, bien avant, l'irruption de l'internet et des réseaux sociaux, ou tout se sait dans la minute, une réputation peut-être détruite en quelques instants.

 

Valdeck cible la pornographie et le non-respect des valeurs qui disparaissent peu-à-peu dans son monde, et bien entendu, le psychologue de service qui a la radio pratique une expertise sauvage de Minos, sans rien savoir de cet homme, tout en pointant du doigt les parents, la mère que l'on a été cherché dans son village et qui ne comprend pas ce qui se passe, Valdeck, l'enfant parfait, le gentil garçon devenu un monstre, critique facile et si c'était la société qui était monstrueuse et Valdeck incapable de s'y insérer ?

 

La aussi, le tout psychologique est pointé du doigt.

 

Si la presse et la psychologie sont critiquées, Henri Verneuil montre l'immense solitude de la vie dans ses ensembles gigantesques, froids et inhumains ou les gens se croisent sans se connaître, indifférents aux autres, le film commence dans une tour pour s'achever dans une tour, Nora tombe par la fenêtre, Letellier pénètre à son tour par une fenêtre.

 

Les gendarmes que vous verrez descendre de l'hélicoptère sont de vrais gendarmes, du GIGN. Un petit détail, quand, Belmondo descend le premier ou se trouve l'équipe qui le suit ?

 

L'affiche du film représente Belmondo vêtu du même pull noir à col roulé que porte Mcqueen dans Bullit, regardez bien le film, dans aucune scène, vous ne verrez Letellier habiller de cette manière.

 

Si Belmondo dans le Casse rendait hommage à la fameuse course-poursuite de Bullit, en 1980, Steve Mcqueen tournait dans son dernier film, le « chasseur » et la scène de cascade sur le métro s'inspire du film avec Belmondo.

 

Rendons hommage à Ennio Morricone et sa musique comme d'habitude très envoûtante.

 

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LE CASSE (1971)

27 Février 2018 , Rédigé par Objectif Média Web Publié dans #Cinéma

Qui ne connaît pas Belmondo ? Et qui ne connaît pas le Casse ? Lève le doigt.

 

Quatre personnes débarquent à Athènes, trois hommes et une jeune femme, il y a Renzi (Rénato Salvatori), Ralph (Robert Hossein), Hélène (Nicole Calfan) et pour finir Azad (Jean-Paul Belmondo).

 

Ils ne viennent pas faire du tourisme en cette période hivernale, ils sont là pour voler la collection d'émeraude de monsieur Tasco (José Luis de Villalonga), un très riche homme d'affaires.

 

Vous retrouverez Belmondo, tout à fait à l'aise dans le rôle d'Azad, un voleur au grand cœur et qui se trouve confronté à un policier corrompu et sadique, Abel Zaccharia alias Omar Sharif, celui-ci d'ailleurs fait une composition incroyable, il joue de son charme, bien qu'affable, il est un formidable salopard, Sharif est bien loin de ses rôles romanesques habituels comme le Docteur Jivago ou l'archiduc Rodolphe dans Mayerling.

 

Le cambriolage qu'Azad réalise avec une technicité frôlant la perfection, dans une scène quasi-chirurgicale, sous l’œil admiratif de Ralph, n'oublions pas le grain de sable dans le mécanisme parfait de l'opération, la venue inopinée de Zacharia, qui sait d'instinct qu'Azad n'est pas garé devant la maison de Tasco par hasard, qu'il n'est pas un représentant en jouets pour enfants.

 

Et puis enfin l'autre gros hic, l'avarie du cargo qui devait les emmener tous le même jour loin de la Grèce. Ils sont piégés, piégés dans un pays qu'ils connaissent plutôt mal, sauf peut-être Ralph qui a préparé le coup dans une annexe contenant des articles de farce et attrape.

 

Il y a aussi la poursuite entre lui et Zacharia, cette course-poursuite n'est pas sans rappeler celle de Bullit avec Steve Mcqueen, les deux acteurs furent par ailleurs doublés pour celle-ci, non, ce n'est pas Belmondo qui conduit, mais, Rémy Julienne.

 

Le réalisateur, Henri Verneuil filme rarement les monuments, on n'est pas là pour faire du tourisme, nous sommes dans un pays moderne, bien loin des mythes d'Homère.

 

Étrangement, Azad restera quand même un peu froid au charme de la dame, préférant celui d'Hélène, sa petite protégée, mais qu'il aime depuis toujours, bien qu'il ne se l'avoue pas, Azad reste un personnage romantique, une espèce d'Arsène Lupin, sans réelle duplicité, à l'inverse d'un Zacharia très pragmatique dans sa détermination à posséder enfin les émeraudes.

 

La scène où ils terrorisent Renzi et Ralph, reste effrayante, il les pousse dans leur dernier retranchement pour leur faire avouer ou sont cacher les émeraudes, or, si avec eux, il peut se permettre autant de violences, il sait qu'avec Azad, il n'obtiendrait rien, celui-ci lui dirait n'importe quoi.

 

Malheureusement, il blesse Ralph et tue Renzi qui tentait de fuir, bien entendu, il se rend bien vite compte de son erreur et que les deux hommes ne savaient rien, il s'empresse de retrouver Azad dans un restaurant pour touriste, ou notre ami tente de manger un classique steak-frites avec salade.

 

Et là, face à une table bien garnie de plats Grecs, Zacharia tente de l'amadouer, Azad lui propose fifty-fifty, mais l'autre refuse, il veut tout, Tasco lui ayant fait miroiter une somme rondelette, mais pas suffisante pour son appétit démesuré, Zacharia aime l'argent et il a pris des goûts de luxe depuis qu'il fréquente les voyous, comme, il dit d'un ton méprisant « les gens de votre espèce » à Azad, alors qu'il ne fait pas mieux, mais, bien pire que ces gens-là.

 

C'est l'arrivée inopinée de Ralph sanglant qui mettra un terme au débat entre les deux protagonistes.

 

Zacharia à son tour piégé dans le même endroit où il a tué Renzi, par Azad et Ralph, dans une mise en scène rappelant ce qu'il a fait subir à ses deux amis, la fausse arme qu'Azad détruit, en l'écrasant, la vraie qu'il jette sur la table de ping-pong et que Zacharia ramasse sans vérifier que le chargeur est en fait vide, il sera finalement assommé par les deux compères, qui pourront prendre la fuite.

 

Zacharia homme sans scrupules qui tentera de jeter dans les bras d' Azad, la sculpturale Lena (Dyan Cannon), patronne d'une boite au nom sans équivoque « Éros ».

 

Lena qu' Azad rencontre au bar du Hilton, d'où il appelle Hélène qu'il a rapidement mise à l'écart de la ville dans une de ses nombreux hôtels des îles Grecques, Lena toujours présente lorsque la police investie le somptueux hôtel, en fait, c'est elle qui a appelé les forces de l'ordre sur les ordres de Zacharia.

 

Comment ne pas se souvenir de la fuite d'Azad sur le toit d'un autocar, au milieu de la circulation d'Athènes, de la tentative de Zacharia de provoquer sa chute en le frappant à coup de portières, finalement, il échappera de peu à la police en s'embarquant sur un camion déchargeant des gravats dans une carrière.

 

Il se réfugie chez la belle Lena ou il découvrira que celle-ci est une très proche amie de Zacharia qui tolère moyennant finance le spectacle érotique de L'Éros.

 

C'est par ailleurs avec elle qui recherchera Hélène prête à jouer la fille des airs avec un bellâtre grec, bien entendu, c'est au poing qu' Azad gagnera le cœur de la belle qui n'attendait que cela.

 

La fin, peut-on la raconter ? Une dernière confrontation entre le voleur et le méchant policier, Zacharia perdra la partie.

 

Que peut-on dire de ce film ? Efficace, réalisé d'une main de maître, on ne s'ennuie pas un seul instant, il y a du sentiment, de l'action, un peu d'érotisme, des personnages bien trempés, on pourra reprocher au réalisateur, un manque de profondeur de certains personnages comme ceux de Renzi et de Lena, il faut comme toujours des mobiles pour qu'un personnage existe, Ralph reste aussi très mystérieux qui est il pour Azad ?

 

Tout est faux semblant, les jouets dans le coffre de la voiture, la scène du cabaret qui tourne, les émeraudes qui sont certainement fausses, les vraies se seraient brisées dans la dernière scène, la fausse arme que manipule Azad, les gens paraissent ce qu'ils ne sont pas, tout est faux semblant, renversement des valeurs.

 

N'oublions pas la musique inoubliable d'Ennio Morricone, le générique très spécial à la Maurice Binder ou Saul Bass.

Le film est tiré d'un standard du roman noir : The burglar de David Goodis.

 

Le casse était un remake du « Cambrioleur » de 1957, réalisé par Paul Wendkos. Ce film (que je n'ai pas vu) serait beaucoup plus proche du roman que celui réalisé par Henri Verneuil.

 

 

 

 

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SODOME ET GOMORRHE (1962)

13 Février 2018 , Rédigé par Objectif Média Web Publié dans #Cinéma

 

Deux réalisateurs pour un film, Sodome et Gomorrhe réalisé par Robert Aldrich et Sergio Leone, collaboration hautement improbable entre un vieux routier de Hollywood, réalisateur de films très sombres et Sergio Leone, futur pape du western spaghetti et qui avait réalisé l'année précédente, l'admirable « Colosse de Rhodes » avec Léa Massari et Rory Calhoun, l'un des meilleurs souvenirs de tournage de Leone par ailleurs.

 

Qui ne connaît pas l'histoire de Loth, et la destruction des célèbres deux villes ? Mais, qui bon sang !!

 

Mais, comme nous sommes à Cinecitta, il faut bien s'attendre à quelques « petits » arrangements avec la Bible.

 

Sodome et Gomorrhe sont gérées par une reine, la perfide Berah (Anouck Aimée) et son non moins arriviste de frère, Astaroth (Stanley Baker), si l'un veut garder le pouvoir et gouverner pépère, le second veut étendre son royaume à toute la région et surtout, buter sa frangine. C'est beau l'amour fraternel.

 

La scène d'ouverture donne le la, sur le mode de vie des habitants des deux villes, plaisirs et voluptés, des corps entrelacés après une orgie ou le vin a coulé à flot, Astaroth donne l'ordre à l'une des favorites de sa sœur, de se rendre chez les Elamites qui devront l'aider à virer la queen, pour le placer sur le trône et enfin, s'associer avec ce peuple très guerrier.

 

Si la jeune fille arrive à transmettre le message, elle est rattrapée par la garde de Berah, torturée, elle reste muette et finit étouffée par un aveugle.

 

Loth (Stewart Granger) erre avec son peuple dans le désert et prie « Jehovah », bon, moi, je veux bien, parmi les siens, bien entendu, il y a celui que l'on devine aisément être le traître de service Melchior (Rick Battaglia), qui pousse les autres à se révolter, surtout pour la distribution de l'eau, eau qui est destinée aux malades, enfants et vieillards, après une petite baston entre Loth et Melchior, Loth usant de sa houlette comme Bruce Lee du nunchaku, il calme les ardeurs de l'impétrant et finalement, décide d'emmener tout le monde chercher de l'eau, parmi, ceux qui le suivent, il y a Ismaël (Giacomo Rossi Stuart) l'amoureux d'une des filles de Loth : Maleb (Claudia Mori), l'autre étant la très sculpturale Shuah (Rossana Podesta), une actrice qui joua très souvent dans des péplums, la belle Rossana avait par ailleurs un magnifique profil grec.

 

Loth finit par tomber sur une oasis, dont l'eau est impropre à la consommation, c'est ce qu'il apprend de la bouche d'une ravissante jeune femme en litière, Ildith (Pier Angeli), elle et sa garde s'en retournent vers Sodome et Gomorrhe, elle ramène dans ses bagages des esclaves, ce qui choque Loth, il lui avoue qu'il a rasé sa barbe, car, sa femme est morte, ce qui fait rire Ildith, après tout perdre une femme n'est pas grave, puisque l'on peut en retrouver une autre, on sent bien qu'à Sodome et Gomorrhe, le néo-libéralisme à de belles heures devant lui.

 

Bref, on découvre que si certains mènent la grande vie dans les deux cités, les autres sont des esclaves, maltraités et tués, lorsqu'ils sont hors d'usage, c'est là dans un charnier que Loth découvre un vieillard qui essayait en vain de réveiller les consciences de ses concitoyens, Alabias (Fédor Chaliapine junior).

 

L'histoire passe de la romance à la comédie, Ildith est laissée en cadeau par Berah à Loth, bien qu'elle était une esclave, Ildith était bien traitée, un objet de plaisir, parfumé et magnifiquement vêtue, Loth lui explique que pour être libre, il ne faut dépendre de personne, et le travail permet justement d'exercer son libre-arbitre, même si le labeur est difficile.

 

Elle devient l'amie de ses filles, surtout de Shuah, jeune femme autoritaire, en manque de repaire féminin, toujours en opposition avec son père qu'elle juge trop autoritaire, Maleb, quant à elle, est plus réservée, bien qu'elle accepte d'épouser Ismaël, elle ne saute pas pour autant de joie à l'idée de ce mariage, Loth finit par être obnubilé par Ildith, les scènes où ils parlent de sentiments, l'approche subtile de Loth vers elle, sa solitude pèse à Loth et de ce fait, avant même leur arrivé à Sodome et Gomorrhe, l'histoire met en exergue que leur famille est en crise.

 

Une vraie crise, ils tournent en rond, Ildith avec ses connaissances, sa fraîcheur, elle est totalement différente des autres femmes du clan, elle ne se fait pas à la vie des Hébreux, qu'elle trouve triste, rabat-joie, en butte aux critiques des autres femmes du groupe, si les gens des cités ne sont pas parfaits, les Hébreux n'échappent pas à la règle non plus, personne n'est parfait, chacun ayant ses préjugés.

 

Loth se décide à faire des affaires avec Berah et fait rentrer le loup dans la bergerie sous les traits d'Astaroth, qui séduit très rapidement Shuah, en mal d'aventures, Astaroth qu'elle soigne après que ce dernier ait pris une correction, après avoir poursuivi des esclaves qui fuyaient leurs maîtres.

 

Bon, Loth épouse Ildith, les Hébreux se battent contre les Élamites qu'ils pulvérisent, la reine Berah qui connaît par cœur les règles du pouvoir envoient auprès de Loth, la section qui devait la faire périr sur les ordres de son frère.

 

Finalement, les méchants détruisent le campement des Hébreux ce qui obligent Loth à envoyer les femmes et les enfants avec Ildith en tête vers les deux villes maudites. Melchior qui avait tourné casaque et trahi Loth meurt brûlé, en clair, il ne nous manquera pas tellement.

 

Que se passe-t-il alors ? Astaroth abuse de Maleb, du moins, elle ne se défend que très mollement, Loth rentre en vainqueur auprès de Berah, il reste convaincu qu'il pourra convertir les sodomites à ses croyances, qu'il libérera les esclaves et que tout ira bien dans le meilleur des mondes.

 

Loth s'oublie dans une vie luxueuse, c'est Ismaël qui lui fait remarquer, que rien n'a changé, c'est même pire qu'avant, Shuah se peinturlure la face, Maleb sa future femme a honte de le regarder dans les yeux, les Hébreux ont perdu leur identité, ils ne sont plus que des consommateurs comme leurs hôtes.

 

Mais, Ismaël ne le convainc pas, Astaroth lui continue de comploter, il veut désespérément la place de sa sœur, et poursuit une relation tumultueuse avec Shuah, à qui il finit même par lui avouer sa relation avec Maleb.

 

Shuah se met en colère et gifle son amant, l'actrice très investie dans son rôle frappa réellement Stanley Baker, par ailleurs, on peut le voit porter les mains à son visage, visiblement décontenancé, puis, offre la jeune femme à son capitaine de la garde qui refuse, outragé, par le manque de respect du prince envers lui.

Astaroth reste un personnage intéressant, un homme ambitieux, immorale, capable de tendresse, quand, il embrasse le front de Shuah, un homme qui se connaît trop bien, en fait, Astaroth n'a aucune illusion sur lui-même, il est de tous dans une certaine mesure le plus honnête, il s'est déjà battu avec Loth et ce dernier avait eu le dessus, mais, il avait demandé à Shuah, s'il devait tuer son père ou pas, c'est un personnage beaucoup plus complexe.

 

Qui couche certainement avec sa reine de sœur, Berah, dans une scène ou les deux sont face à face, il lui mord le doigt et cela l'excite, à l'inverse, quand c'est elle qui le mord, il reste de marbre, la reine lui fait remarquer que cela ne lui fait plus rien, elle est surprise de voir dans le regard de son frère et ennemi du dégoût, du mépris.

 

On pourra noter la relation saphique qu'entretenait Berah avec Ildith, voir même la relation de celle-ci avec Astaroth, l'un passant à l'autre son petit jouet sexuel.

 

Loth, quant à lui est heureux, il ne voit rien, inconscient de la tempête qui se prépare, les esclaves décident de se révolter avec Ismaël pour chef, mais, le plan échoue et les esclaves sont abandonnés même par les Hébreux.

 

Et les choses se précipitent lors d'une fête somptueuse ou sont réunis nos protagonistes, Loth et Ildith, Shuah, Maleb, la reine Berah douce et souriante, qui flatte en permanence l'ego de Loth.

 

La mort des esclaves sur la place publique, le fait doucement sortir de sa torpeur et Astaroth n'hésite pas à dévoiler en public ses relations avec ses filles, il ne le ménage pas, ils finissent par se battre, Loth prend le dessus et pousser par la reine Berah, il tue Astaroth qui lui dira avant de mourir une parole censée, grosso modo « Par amour pour ton Dieu, ne me tue pas ». Le pire, c'est qu'Ildith le prévient, car, elle connaît bien tout les pièges de la cour.

 

Berah a simplement appuyé sur l'ego de Loth, sur son immense orgueil, il n'était pas obligé de tuer tous les Élamites, Shuah qui aimait sincèrement Astaroth lui dit la même chose, et Berah de l'achever en lui expliquant que ce sont eux les sodomites qui ont converti les Hébreux à leur mode de vie et de pensée, pas l'inverse.

 

Bon, Loth se condamne lui-même à la prison, et c'est en cellule que Dieu le contacte, par l'intermédiaire deux anges, ils lui expliquent que les habitants ont trop tiré sur la corde et qu'ils vont tous périr, et que la seule solution est de partir.

 

Loth a fait l'erreur de mettre l'amour de sa femme avant son amour de Dieu, et il s'est piégé.

 

Loth est divinement libéré avec Ismaël, ils sortent et devant les esclaves suppliciés, ils essaient de les prévenir de la destruction des cités, ils les supplient, si beaucoup l'écoutent, les autres se moquent de lui, mais, certains le croient et beaucoup le suivent, sa femme l'attend, Shuah l'invective, lui souhaitant de souffrir autant qu'elle, puis, ils partent, Loth rappelant à chacun qu'il ne faut surtout pas se retourner quoi qu'il arrive.

 

Ildith marche devant, entretenant un monologue intérieur, ou elle ne peut admettre qu'une telle chose puisse arriver, qu'un Dieu, qu'elle ne connaît pas, puisse détruire des cités millénaires, non, elle ne le peut pas, tout ce que Loth a fait, c'est seulement grâce à lui-même, alors, elle se retourne et voit la destruction totale des deux villes, bien entendu, elle est transformée en statue de sel, Loth hurle sa douleur et ses filles redeviennent les jeunes filles qu'elles n'auraient jamais dû cesser d'être.

 

Tous passent devant ce qu'il reste d'Ildith, Loth s'éloigne soutenu par Shuah et Maleb.

 

Les carrières de Stewart Granger et de Pier Angeli étaient en véritables chutes libres, le premier avait tourné dans des films prestigieux comme : les mines du roi Salomon, le prisonnier de Zenda, la croisée des destins, les contrebandiers de moonfleet, la dernière chasse, il eut quelques problèmes avec Darryl F. Zanuch qui détruisit la carrière de l'acteur, celui-ci l'ayant frappé, car, ce dernier avait tenté de coucher avec Jean Simmons, la femme de Granger.

 

Aldrich et Leone se partagèrent le travail, Léone réalisa la bataille contre les Élamites et le combat entre Loth/Astaroth, Aldrich avait d'autres vues sur le film, il voulait transposer la « dolce vita » mais, dans l'antiquité, il réussit à évincer Léone, et ainsi toucha son salaire, Leone laissa son nom au générique, pour que le producteur puisse toucher la prime de l'état, mais, la folie des grandeurs d'Aldrich ruina la production.

 

Ce film manque pour certains : d'âme ou d'identité, à vous de voir.

 

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L'ÉVADÉ D'ALCATRAZ (1978)

6 Février 2018 , Rédigé par Objectif Média Web Publié dans #Cinéma

Le scénario, tiré d'une histoire vraie, raconte l'évasion de 3 hommes de la célèbre prison dont on ne pouvait pas s'évader : l'île d'Alcatraz.

 

Rappelez-vous de l'arrivée en bateau, de nuit sous une pluie battante glaciale, du prisonnier Franck Morris (Clint Eastwood).

 

Siegel décrit avec froideur et recul l'univers carcéral, c'est une étude quasi-clinique de la vie en prison, comme Siegel ne peut pas jouer sur le côté spectaculaire de l'histoire, il mise tout sur la psychologie des personnages.

 

Morris est un homme froid, très intelligent, les frères Anglin, John (Fred Ward) et Clarence (Jack Thibeau) ont le même niveau que le sien, de plus, ils se connaissent, la première erreur du méprisant directeur de la prison Patrick MacGoohan, c'est d'avoir sous-estimé l'intelligence de Morris et la seconde, c'est que les frères Anglin aient été incarcérés au même endroit.

 

Bien que Morris se fasse des amis, comme Doc (Robert Blossom), un peintre, Réactif (Frank Ronzio), un homme âgé à lunettes ou English (Paul Benjamin), Morris est seul, c'est un solitaire qui parle peu, même quand sa cellule voisine accueille Butts (Larry Hankin), un prisonnier lambda, pas vraiment le bad boy destiné à finir sa vie à Alcatraz.

 

Morris est confronté aussi au pervers Wolf dont il repousse les avances sous la douche d'une manière abrupte, mais, son pire ennemi est sans aucun doute le glaçant directeur de prison (Patrick MacGoohan), détestable, hautain, il lui fait bien comprendre que tant qu'il sera sur le rocher, personne ne s'en échappera.

 

Siegel évite les clichés classiques sur la prison, n'oublions pas que c'est une histoire vraie, nous savons finalement peut de chose sur certains d'entre eux, sauf, pour le cas, d'English (légitime défense et double homicide) ou de Butts (vol de voiture).

 

Mais, il n'y a jamais de violence gratuite dans ce film, la violence est soit verbale, soit psychologique, à part deux scènes ou Morris se bat contre Wolf.

 

Les gardiens sont grossiers, les prisonniers peuvent être confinés dans leur cellule sans lumière, donc, ils ne peuvent pas lire. Ils peuvent être arrosés dans les cellules de confinement du quartier D, beaucoup se suicident ou se mutilent comme Doc, après que le directeur ait jugé que son portrait ne lui rendait pas honneur, Doc, ayant eu le malheur de le montrer tel qu'il est, un petit con arrogant. Réactif meurt d'une crise cardiaque dans le réfectoire, à cause du manque de respect du directeur qui broie entre ses doigts, une fleur de chrysanthème que lui et Doc avaient planté des années plus tôt sur le rocher

 

Siegel nous fait suivre pas à pas le travail de fourmi fourni par les 4 hommes sur une année pour s'évader du rocher, chaque bruit, chaque détail compte, la débrouillardise de Morris et des frères Anglin est particulièrement bien mise en avant, Butts ne fait que suivre, si eux « en sont », lorsque Morris leur affirme qu'il a trouvé un moyen de s'évader, Butts réplique mollement « qu'il veut se tirer », les Anglin sont déterminer à fuir et peu importe les risques, Butts n'est pas à proprement parlé un délinquant comme eux.

 

Morris a l'idée de créer des têtes de mannequins, de fabriquer des gilets et un canot de sauvetage, il arrive même à voler un ventilateur qui servira de perceuse, sous le nez et à la barbe des gardiens.

 

Sur les 4 hommes, 3 s'évadent, Butts reste dans sa cellule, incapable de prendre une décision ferme et tranchée, l'alarme n'est finalement donnée qu'à l'heure de l'appel, ils ont 8 heure d'avance, le directeur arrive sur Angel Island ou l'attend la police et son directeur adjoint, on a retrouvé le canot des évadés et rien d'autre, il trouve alors une fleur de chrysanthème sur un des rochers et demande si ces fleurs poussent sur cette île, la réponse est non, son adjoint lui demande alors, si les évadés sont toujours vivants, il répond que non, qu'ils se sont noyés.

 

Puis, jette la fleur qu'il a écrasée dans l'eau.

 

Le film s'arrête sur une seule question : ont-ils réussi ou pas ?

 

Sachez que pour la petite histoire, les acteurs ne furent pas doublés, lors des scènes d'évasion, le parcours était exactement le même que celui que les évadés avaient suivis. Beaucoup de scènes furent tournées la nuit, car, Alcatraz était depuis devenu un musée et les visites continuaient la journée, même durant le tournage.

 

Si Siegel nous offre une œuvre sans concession, d'une grande sobriété, la véritable histoire est encore plus palpitante.

 

Morris était en effet beaucoup plus jeune qu' Eastwood lors de son entrée à Alcatraz, il avait un casier judiciaire chargé, il avait été notamment poursuivi pour vente de drogue, attaque à main armée, c'était un spécialiste d'attaque de bijouterie, ses braquages étaient toujours très rapides et intelligemment mené, Morris possédait une intelligence supérieure, en effet son quotient intellectuel était de 133.

 

Morris avait aussi une autre spécialité, celle de l'évasion, dès qu'il était arrêté, il se faisait la belle et les frères Anglin n'étaient pas en reste non plus, Morris et les frères Anglin s'étaient plusieurs fois rencontrés dans les différentes prisons dont ils s'étaient tous évadés.

 

En fait, les Anglin étaient trois frères, c'était des braqueurs de banque, toute bonne chose ayant une fin, ils furent tous les trois arrêtés, Alfred, Clarence et John, ces deux derniers tentèrent de s'évader de la prison d'Atlanta, ils échouèrent et furent condamnés à 60 ans de prison pour tentative d'évasion, c'est par ailleurs dans cette prison qu'ils avaient croisé Morris qui lui avait réussi à s'échapper du même endroit avant d'être repris, et c'est comme cela qu'ils avaient tous fini par échouer à Alcatraz.

 

Alfred Anglin lui mourut en 1964 par électrocution, en tentant de s'évader de la prison d'Atlanta.

 

Alcatraz était une prison pour les prisonniers qui ne s'intégraient pas à la vie carcérale classique, il y avait donc de tout, des fous, des violents, des professionnels de l'évasion, des inadaptés sociaux, c'était un mélange improbable et hautement dangereux, la tension y était palpable, il faut noter qu'il n'y eut jamais d'exécution capitale sur place, si le détenu devait être exécuté, c'était toujours sur le continent à la prison de Saint-Quentin.

 

 

 

 

Donc, Morris et les frères Anglin se retrouvent à Alcatraz, là, sur une île, on ne peut pas aller plus loin, à moins de les envoyer sur une autre planète, et c'est là qu'ils rencontrent un autre prisonnier, Allan West, incarcéré depuis 1957 pour car-jacking, il connaît bien la prison, par ailleurs, sa cellule est contiguë à celle de Morris.

 

Allan West était un personnage peu sympathique, plutôt hostile et raciste. Allan West n'apparaît pas dans le film, son personnage plutôt falot est nommé Charlie Butts, mais, on peut aussi le retrouver sous le visage de Wolf. Plus loin, je vous expliquerais pourquoi.

 

Le vrai English, quant à lui se nommait dans la vraie vie, Bumpy Johnson, il était considéré comme l'équivalent noir d'Al Capone, il séjourna à Alcatraz de 1954 à 1963, après avoir été libéré, il retourna à Harlem où il décéda en 1968.

 

Si vous étiez dans les bonnes grâces de Bumpy, vous pouviez obtenir beaucoup de choses et peut-être que Morris bénéficiait des bonnes grâces de Bumpy.

 

Car, paradoxalement, toute la prison aurait été au courant du plan d'évasion des 4 !

 

C'est assez incroyable que les gardiens n'en n'aient jamais rien su, qu'ils n'aient rien vu, c'est assez étonnant ?

 

Alors pourquoi Allen West n'apparaît pas dans le film ? En tant que témoin, il était protégé, même s'il était encore en détention, par ailleurs, il est décédé en 78, l'année de sortie du long-métrage.

 

Et pourquoi n'est-il pas parti avec les autres, ce soir-là ?

 

Le trou qu'il avait fait était trop large et sa fausse grille bougeait trop, donc, les frères Anglin lui avaient proposé de réduire le trou juste assez pour que le carton-pâte tienne, en le plâtrant, mais, quand, il avait voulu sortir, le travail avait été trop bien fait et il n'avait pas réussi à s'extraire, car, le plâtre était trop dur, du moins, c'est ce que racontait un documentaire sur la fameuse évasion.

 

Allen West lâché par les autres, dut se résoudre à rester prisonnier, mais, il raconta tout aux gardiens et surtout au FBI, c'est lui qui leur expliqua que lui seul était le cerveau de l'affaire, que tout venait de lui, pas de Morris. Le FBI fut bien obligé de le croire sur parole.

 

La première erreur commise par les gardiens, c'était d'avoir fait nettoyé par West le couloir de service qui serpentait derrière les cellules, et c'est par hasard, que West avait trouvé des tournevis ou des couteaux à bois qui avaient servi lors de précédents travaux, il avait réussi à les dissimuler sur lui et à les ramener dans sa cellule, il avait mis Morris dans la confidence, et de là, ils avaient pu élaborer le plan de l'évasion, il est possible que Morris se soit servi de West pour y arriver.

 

Morris et les frères Anglin n'étaient pas des hommes particulièrement violents, par contre, West oui. Donc, il fallait peut-être mieux mettre West de son côté et lui laisser croire jusqu'au bout qu'il serait de la partie.

 

West aurait eu des tendances gay, par le passé, il aurait été condamné pour « sodomie ». C'est peut-être pour cela que le personnage du film se nommait Charly Butts, et les fesses en anglais, c'est buttocks.

 

De là, à supposer que West aurait été plus encombrant pour les autres, c'est un pas que je ne saurais franchir, selon, ce que j'avais cru comprendre, West aurait peut-être eu des vues sur Morris, du moins, c'est ce que l'on suppose.

 

Selon les dires de West, il n'allait jamais dans le couloir de service, lui, il faisait le guet de sa cellule d'où il surveillait les allées et venues des gardiens, l'un des frères Anglin et Morris s'y rendaient ou bien les deux frères. Étrange, qu'aucun d'eux ne se retrouva seul face à West.

 

Les enquêteurs sous-estimèrent beaucoup les évadés, West ne pouvait pas être le seul instigateur de cette évasion, car, le concepteur des gilets de sauvetage et du radeau était Morris, sur sa fiche, il y est clairement inscrit qu'il avait été matelot, donc, le côté maritime ne devait pas avoir de secret pour lui, par ailleurs, on trouva dans sa cellule, des magazines sur la marine, expliquant comment faire des nœuds d'amarrage ou comment construire un canot.

 

Je peux vous le dire, que le canot élaboré par Morris et ses camarades n'avaient rien à voir avec celui utiliser dans le film. De plus, ils auraient avec leur canot contourné l'île, puis volé un câble électrique pour s'amarrer à un bateau qui se rendait d'Alcatraz à la côte, ils se seraient fait remorqués. Ils se seraient servis de West en l'abandonnant pour qu'il parle de leur plan, en fait, c'était pour brouiller les pistes, West n'avait peut-être qu'une version du plan, pas forcément la vraie.

 

Il faut savoir que les trois évadés sont toujours recherchés, et il y a peu, des preuves démontrèrent que peut-être les Frères Anglin avaient survécu, un de leur neveu fit publier dans la presse une photo d'eux prise à l'étranger, une quinzaine d'années après l'évasion, de plus, le FBI reçut en 2015 une lettre soi-disant écrite par l'un d'entre eux et c'est pour cela qu'Alfred Anglin fut exhumé en 2015, on préleva un peu de son ADN et on le compara avec celui trouvé sur le courrier, mais, il n'y eut aucun résultat probant.

 

Donc, à l'heure actuelle, on ne sait toujours pas, si les évadés d'Alcatraz ont réussi ou pas.

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LES 7 MERCENAIRES (1960)

23 Janvier 2018 , Rédigé par Objectif Média Web Publié dans #Cinéma

Un des meilleurs westerns de tout le temps, les 7 mercenaires reste le film qui bien que vu et revu n’a jamais lassé le public.

 

John Sturges réalise là, l’un de ses meilleurs films avec l’incroyable « Un homme est passé » de 1955, ce qui lui vaudra l’unique nomination de sa carrière à l’oscar et permit au vieux routier Hollywood, Spencer Tracy d’obtenir le prix du meilleur interprète masculin à Cannes.

 

Sturges avait un palmarès incroyable, dont deux westerns prestigieux se détachent avec force, en 1957 « Règlement de comptes à OK Corral » et « Dernier train pour Gunhill » en 1959

 

L’histoire reprise de l’admirable film de Kurosawa « les 7 samouraïs », part du même postulat des paysans mexicains qui n’en peuvent plus d’être dépouillés par le bandit Calvera (Elli Wallach) et sa bande, décident en petit comité de passer la frontière pour acheter des armes et afin de se défendre.

 

Ils le font et arrivent dans une petite ville où ils remarquent deux représentants de commerce qui n’arrivent pas à faire enterrer la dépouille d’un homme, car, le mort était indien et la plupart des défunts sont blancs, le croque-mort ayant trop peur d’envoyer son corbillard jusqu’au cimetière au vu que l’opposition à cet enterrement est trop importante, c’est alors que Chris Adams (Yul Brynner) se propose d’amener la dépouille jusqu’à sa dernière demeure, un autre homme se joint à lui, Vin Tanner (Steve McQueen), c’est ainsi qu’ils font connaissance et vont jusqu’au bout de leur mission.

 

C’est là que les paysans décident de parler de leur situation à Chris et ils se rendent vite compte que d’acheter des armes serait inefficace, s’ils ne savent pas s’en servir, donc, Chris leur propose de louer les services d’hommes de main et c’est ainsi qu’ils vont coopter six autres hommes, tous différents, mais, tous prêts à en découdre, pour seulement 20 dollars, somme inférieure à ce qu’ils touchent pour leur service.

 

Ainsi, la troupe des 7 se constitue avec Bernard O’reilly (Charles Bronson), Britt (James Coburn), Lee (Robert Vaughn), Harry Luck (Brad Dexter), Chico (Horst Buchholz).

 

Ce sont tous des hommes d’expériences, sauf le jeune et flamboyant Chico qui lui compte bien devenir un de ces redoutables mercenaires sans vraiment comprendre les tenants et aboutissants d’une telle décision.

 

Il les suit, et finit par se faire accepter par eux, quand, ils constatent sa débrouillardise et sa ténacité, ils arrivent finalement dans ce petit village mexicain ou les gens sont si effrayés qu’il faut que Chico sonne la cloche de l’église pour les faire sortir de leur cachette, Chico les interpelle, en les traitant de poules mouillées, de craintifs, de pauvres paysans sans cervelles, car, lui aussi vient de la terre, c’était un fermier comme eux.

 

Les 7 sont bien accueillis, nourris, logés et blanchis, ils se rendent vite comptent que s’il y a des femmes, elles sont soit trop petites pour être intéressantes, soit bien trop âgées pour être séduisantes, c’est ainsi que Chico découvrira que par peur des mercenaires, les paysans ont caché les jeunes filles, la troupe de Calvera viole et tue, pourquoi eux, ces étrangers seraient-ils si différents ? Et comme le fait remarquer Chris, peut-être qu’ils les violeront ou pas, car, ils ne leur ont pas laissé le bénéfice du doute.

 

Après la première attaque surprise de Calvera, chacun découvre les failles des uns et des autres, Lee n’a plus du tout ses réflexes d’avant, il passe ses nuits à cauchemarder, les villageois le rassure du mieux qu’ils peuvent, mais, sa conscience le taraude, jamais, il ne dira ce qui s’est passé, mais, l’on suppose qu’il n’en peut plus de son existence. Britt, lui est un expert dans toutes les armes et ne se met en rivalité qu’avec lui-même. Harry Luck, le bien-nommé, court après un hypothétique trésor dont les paysans connaîtraient l’existence.

 

Quant à O’Reilly, il n’a pas oublié ses origines, il est à moitié mexicain avant d’être à moitié irlandais, il a pleinement conscience de la vie dure que mène les villageois, de leur lutte quotidienne, il les admire, car, ils ont des « responsabilités » et c’est encore plus dur à porter qu’une arme, c’est un homme bourru, mais, qui adore les enfants, il offre avec le sourire une flûte à une petite fille, lors de la fête que donne le village en l’honneur des mercenaires, les enfants le préfèrent et l’admirent.

 

Les 7 mercenaires finissent par s’attacher aux villageois à qui ils apprennent le rudiment des armes, la construction de piège contre la troupe de Calvera, des filets, de nouveaux murs, des tranchées.

 

Si les villageois apprennent auprès des 7 à se battre pour leur vie et leur famille, les villageois redonnent goût à la vraie vie au 6, car Chico, lui ne rêve que de sortir de sa condition de paysan, pour devenir un homme craint, un héros, sans entrave dans la vie, libre de tout ses mouvements, et c’est bien cela le problème dans une scène qui est restée célèbre, chaque mercenaire explique que leur but quotidien consiste à rester surtout en vie, que nul part, ils n’ont de chez eux, que personne ne les attend ailleurs, que le milieu dans lequel ils traînent sont peuplés des gens infréquentables, que la vie a bien peut de valeur, sauf, si elle est monnayable.

 

Là, ils dorment dans des draps propres, ils mangent à leur faim et peuvent pour la première fois depuis longtemps réfléchir à l’avenir. Chris le dit, puisqu’il pensait acheter du bétail et à s’installer quelque part.

 

On en oublierait presque le but de l’histoire, mettre fin aux agissements du bandit Calvera (Elli Wallach), Calvera un être cynique, cruel parce qu’il est entouré d’une bande toute dévouée à sa cause, un homme sans conscience, sans remords, qui ose prétendre que Dieu à créer des moutons, en l’occurrence les paysans, il faut quelqu’un qui les tondent.

 

Calvera est incapable de concevoir que des gens puissent prendre fait et cause pour les villageois qu’il méprise au point de les laisser mourir de faim, incapable de comprendre que Chris ne soit pas comme lui, car, pour Calvera, ces hommes ne peuvent être que comme lui, or à l’inverse, les 7 hommes sont payés pour leur service, alors que lui, c’est un voleur et un assassin, la chose est totalement différente, il essaie lors de son entretien avec Chris de négocier son départ, même de le faire travailler pour lui, mais, non, les 7 ne sont pas comme Calvera.

 

Les 7 mercenaires s’achèvent sur la destruction définitive de Calvera qui meurt, en se posant cette question qui n’aura jamais de réponse : pourquoi ces mercenaires ont fini par apprécier ces villageois, ces faibles ?

 

Sur les 7 mercenaires, ils n’en restent que 3, Lee ira jusqu’au bout, suicidaire, Britt et luck mourront dans le feu de l’action, O’Reilly périra par la faute des enfants qui n’ont rien compris, mais, rien compris du tout à sa mission.

 

Seuls s’en sortiront Chico qui lui restera avec la jeune femme dont il est tombé amoureux, on suppose qu’ils se marieront et auront des enfants, Vin et Chris s’éloignent ensemble vers l’horizon sous le regard chaleureux du fondateur du village, les villageois ont gagné, Chico redeviendra l’un des leurs, quant à nos deux héros, ils sauront que quelqu’un pense à eux et qu’il y a un endroit où ils pourront se réfugier en cas de besoin, et puis surtout, Vin et Chris sont devenus des amis, une chose importante et peut-être que tout les deux changeront de vie et qu’eux aussi auront l’envie de se poser, de fonder une famille.

 

Les 7 mercenaires est un film sur la rédemption, sur l’accomplissement du devoir, de l’honneur, oui, si la mort est rédemptrice pour certains d’entre eux, cette situation a permis à d’autres d’évoluer vers autre chose, de s’éloigner de la mort pour aller vers la vie.

 

Étrangement, la mort est très présente dans ce film, la mort du paysan au début, le cimetière de la ville américaine, le plan sur les tombes des mercenaires, l’église est vide, fermée, il manque le spirituel et le mariage de Chico et de la jeune fille rouvrira l’église, donc, c’est une ouverture vers la vie.

 

Il y a quelques anecdotes plutôt amusantes sur le film, l’acteur Elli Wallach détestait monter à cheval, il avouait qu’il ne pouvait dégainer sans regarder son arme, Wallach enviait la facilité avec laquelle Mcqueen ou Brynner utilisait le colt, le plus étonnant, c’est que les acteurs qui constituaient la troupe de Calvera considéraient Wallach comme leur chef, chaque matin, son « second » lui tendait ses colts et l’aidait à monter à cheval, et la troupe ne démarrait pas, tant que Wallach n’en donnait pas l’ordre.

 

Il y eut aussi une grande rivalité entre Mcqueen et Brynner, le premier qui avait débuté au cinéma, puis, avait explosé sur le petit écran dans la série devenue culte « Au nom de la loi », Mcqueen pour avoir le rôle de Vin, avait fait croire au studio qu’il avait eu un accident de la route, et que blesser, il ne pouvait plus tourner la série.

 

Vous pourrez remarquer que dans chaque scène Mcqueen faisait absolument tout pour attirer l’attention, il levait son chapeau, bougeait des branches, bref, il monopolisait l’attention en permanence, ce qui agaça prodigieusement Brynner, et c’est Horst Bucholz qui le racontait, Brynner décida alors que si Mcqueen continuait son cirque, lui, il lèverait systématiquement son couvre-chef, même si cela devenait ridicule, finalement, Mcqueen cessa, mais, continua de se plaindre que Brynner avait un plus grand cheval que lui.

 

L’œuvre de Sturges met souvent en scène un homme qui loin de son environnement familier se trouve confronté à une situation dérangeante, comme la découverte d’un crime (un homme est passé), faire éclater la vérité et punir les coupables (le dernier train pour Gunhill), prisonnier dans un autre pays (la grande évasion), être du mauvais côté de la barrière, mais, aider la justice (règlement de comptes à OK Corral), l’homme chez Sturges doit faire face à ses propres démons et à ceux des autres, le racisme est très présent chez Sturges, dans les deux premiers films cités plus haut, Calvera est d’une certaine manière la représentation du fascisme et du totalitarisme.

 

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LES 12 SALOPARDS (1967)

10 Janvier 2018 , Rédigé par Objectif Média Web Publié dans #Cinéma

Film de guerre devenu culte, copié par beaucoup, mais jamais égalé, les 12 salopards restera pour certains un bon film de guerre et pour d'autres un grand film antimilitariste, réalisé par Robert Aldrich.

 

Réalisateur un peu oublié qui réalisera 4 grands films : « Vera Cruz », « Bronco Apache » (premier film ou les Amérindiens sont montrés d'une manière positive), « En quatrième vitesse », polar très noir, « Le Grand Couteau », œuvre cruelle et mortifère sur le monde hollywoodien.

 

Puis, il ira se perdre dans les productions étrangères telles que : « Sodome et Gomorrhe » en collaboration avec Sergio Léone, avant de se reprendre et de tourner les 12 Salopards.

 

L'histoire est simple, 12 militaires ayant commis des crimes sur le sol britannique se voient proposer en échange de leur condamnation (à mort, perpétuité ou longues peines) une amnistie, mais, ils doivent pour cela effectuer une mission suicide en France.

 

Le film s'articule autour du Major Reisman (Lee Marvin), de sa relation tendue avec l'état-major et surtout avec les 12 salopards, Lee Marvin est dans son rôle extrêmement à l'aise et surtout d'une rare subtilité, lorsqu'il propose à 4 des salopards, la mission, son discours s'adapte à chacune des personnalités qu'il croise, on ne traite pas de la même manière Victor Franco (John Cassavetes), Jefferson (Jim Brown), Magott (Telly Savalas) ou Wladislaw (Charles Bronson),

 

Il prend plaisir à casser Victor Franco, truand de Chicago, grande gueule individualiste, lorsque celui-ci refuse d'obéir aux ordres lors de la première prise de contact dans la cour de la prison.

 

Reisman sait très bien que les 12 veulent surtout sa peau avant celle des allemands, donc, pour éviter d'être la première cible, il décide de créer une unité, un groupe en leur faisant construire leur baraquement et leur camp d'entraînement, il espère ainsi les amener à ne faire qu'un.

 

Et Franco ne tarde pas à devenir un peu la tête de Turc du groupe, par sa tentative ratée d'évasion où il met en péril la vie des autres, puisque si l'un d'entre eux s'évade, les autres purgeront immédiatement leurs peines ou seront exécutés, après une bonne correction que lui donne Jefferson et Wadislaw, Franco sera bien obligé de se calmer.

 

Le plus effrayant du groupe est quand même, Maggot, le rôle devait échouer à Georges Kennedy, mais, ce fut Telly Savalas qui en hérita et transforma son personnage de pervers sadique en un être dément se croyant investi d'une mission divine. Maggot ne supporte ni la présence des prostituées, ni que ses camarades ne soient pas condamnés, il s'exclut par la même du groupe, durant la mission, on peut le voir, qui erre l'air détacher à côté des autres, comme étranger à l'action dont il doit prendre part et c'est par sa faute que la mission rate, lors du meurtre de la femme dans le château qui sert de lieu de délassement aux officiers allemands, Maggot tentera même d'abattre ceux de son propre camp.

 

Si les autres salopards restent des ombres, des visages interchangeables, on remarquera deux acteurs aux jeux totalement différents, l'imposant Samson Posey (Clint Walker) et surtout, Vernon Pinkley (Donald Sutherland), Sutherland joue le rôle du nigaud de service et il le fait très bien, mais, là ou le talent de Sutherland éclate, c'est lorsque sale et débraillé, Reisman l'oblige à jouer les généraux, lors de la revue dans le régiment du Colonel Everett Dasher-Breed (Robert Ryan), officier dédaigneux et tellement sur de lui, que Reisman hait, car, il représente à ses yeux, le pire du pire des officiers, celui d'opérette.

 

C'était Clint Walker qui devait jouer cette scène, mais, incapable d'y mettre la distance nécessaire, ce fut Sutherland qui le fit au débotté.

 

La fanfare qui démarre tonitruante à chaque instant donne à cette scène un côté dérangeant, c'est l'armée qui est moquée, la revue par un Pinkley hilare et surtout, impertinent, loin de son image de grand nigaud qu'il traîne en permanence, met en avant Sutherland, incroyable aussi dans la scène de la cigarette ou déguisé en allemand, il est incapable de comprendre que le soldat veut du feu. C'est par ailleurs grâce à ces scènes que Sutherland fut choisi pour jouer dans M*A*S*H.

 

Notons la présence du seul salopard du groupe qui n'est ni un violeur, ni un voleur, encore moins un fou dangereux, Wadislaw alias Charles Bronson, déjà vu dans " La Grande Évasion ", Charles Bronson refusa tout d’abord le rôle et finit par l'accepter un peu contraint, ce qui explique son attitude taciturne tout au long du film, d'ailleurs, durant le tournage, il communiqua très peu aussi bien avec l'équipe technique qu'avec les autres comédiens.

 

C'est grâce à cela que Wadislaw est l’un des rares personnage « normal » du film, son refus de répondre au test psychologique avec Ralph Meeker en psy dépassé par les événements, Wadislaw est de ce fait, le seul « salopard » à survivre, il a tué son officier qui tentait de fuir sous la mitraille en abandonnant ses hommes derrière lui, la fin est justement hollywoodienne, la morale est sauve, il ne reste que trois survivants : Marvin, Jaeckel et Bronson.

 

Deux officiers de valeur et un « salopard » dont la rédemption était obligatoire, car, il rentrait dans le cadre de l'homme de devoir qui avait cru agir pour le bien de ses hommes, qui aurait pu espérer la survie d'un truand comme Victor Franco ?

 

On pourrait comparer le personnage que joue Marvin à celui de Wadislaw, Reisman n’est-il pas choqué par la pendaison du début ? Reisman n’est-il pas un homme en révolte contre sa hiérarchie ?

 

Ayant eu des problèmes d’insubordination ? Une simple pichenette aurait pu l’envoyer à la place de l’un des salopards, n’oublions pas la présence d’Ernest Borgnine, en général plus salopard que ceux qu’ils condamnent à une fin certaine, un homme totalement immoral, mais, pour gagner la guerre ne faut-il pas se comporter d’une façon aussi immorale que celle de l’adversaire.

 

Le héros se doit d'être politiquement correct, nous sommes vers la fin des années 60 et le monde change, plus tard, quelques réalisateurs mirent en avant des héros bien peu conventionnels, comme Arthur Penn et son oeuvre « Bonnie and Clyde », « Guet-apens » avec Steve Mcqueen les hors-la-loi contre la société ou la morale brutale et cynique de « Taxi Driver » de Scorcese, l'homme de bien ou plutôt l'homme qui suit son propre code de l'honneur, le héros n'est pas forcément celui que l'on croit.

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